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Souvenir : Octobre 2020, première tentative d'exposition

Ce jour-là, B était un peu énervée. Je lui parlais coopérative et elle voulait parler art. On ne s'est pas comprises. On parlait de la même chose pourtant. De notre envie d'art, de dessin. Alors elle a lâchée, comme un dernier mot, comme pour me faire taire

"Il va quand même falloir que tu acceptes que tu es une artiste un jour, non ?"


Je suis rentrée chez moi. Elle avait raison bien sûr. J'étais vexée : j'étais prise en en flagrant délit de déni.


J'étais vexée et perdue. C'est pas facile de se retrouver face à soi-même comme ça, en pleine rue, dans les paroles d'un.e autre.

Elle avait raison. Comme les amis qui depuis longtemps accompagnaient patiemment ma lente mutation. Il fallait que je leur rende hommage, à eux tous qui me disaient la même chose, en silence, depuis des années. Je ne pouvais pas commencer sans leur dire : j'ai compris et surtout MERCI.


Je suis montée au grenier où j'avais gardé toutes les oeuvres-cadeaux, oeuvres-clins d'oeil, qu'ils m'avaient offerts depuis ce 1er janvier 2011.

Ce jour-là, nous avions fêté le changement d'année sur le thème "l'art ou lard ? ".

L'art ? c'était du lard ou du cochon ? C'était pour de vrai ou pour de faux ? Question que je leur adressais pour ne pas me la poser à moi. Pas vraiment. Dire sans dire.

​​

Sur chaque marche, sur un tapis rouge, j'ai mis un des objets, tableau, un par personne qui depuis toutes ces années me soutenaient discrètement mais sans jamais lâcher.


J'étais fébrile. J'ai prévenu au dernier moment , comme si je craignais que ça marche, que je craignais d'y aller.

L'exposition a duré deux heures. Ceux qui pouvaient, sont venus.


Ils avaient l'air heureux. Je me souviens de ça, de leurs sourires, de leur joie. Et de la mienne.


J'avais mis des boutons de rose à la place des cacahuètes.

J'avais fait un collage, avec tout ce qu'il y avait dans mon bureau, les petits morceaux que je garde. Je les garde tant qu'ils parlent, tant qu'ils ont des choses à me dire. L'un d'eux était un morceau d'article qui disait " ce que Pierre Bourdieu a oublié".

M.-A. m'a demandée : "qu'est ce qu'il a oublié Bourdieu ?" Je ne savais plus. Moi aussi j'avais oublié. L'art peut être ?


M. C n'a pas retrouvé son objet dans l'escalier. Je ne m'en souviens plus non plus. C'était sur le moment.

J'ai un peu honte de le dire mais au début du confinement, j'ai tout mis à la poubelle. J'avais besoin de place. C'était idiot. Encore que non, peut être pas : j'avais vraiment besoin de place.


S. a dit : "Et la girafe ? " Pourquoi tu ne l'as pas mise dans l'exposition ?

Elle venait de me donner le dernier coup de pousse pour faire une autre exposition, de mes créations cette fois.




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